Mardi 6 avril 2010
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14:36
FIDEL
Dans une cour d'école, des enfants jouaient à « Quand je serai grand ». L'un,
le fils d'une riche famille se vanta :
- « Moi, j'épouserai une femme aussi belle qu'un clair de lune et je lui offrirai un collier tout en or ! »
Un autre, le fils d'une famille modeste, jura, la main sur le coeur :
- « Moi, je sauverai mon prochain et je n'attendrai même pas que celui-ci m'en soit reconnaissant. »
Et ainsi de suite firent tous les enfants de l'école, sauf l'un, le fils de personne. Curieux, ses camarades le prièrent avec insistance de se prêter au jeu. Alors il dit :
- « Oh moi, je prendrai ce qui se trouvera et je ferai ce que je peux. » Cela fit rire tous ses camarades. Et comme celui-ci avait pour ami un rat, « Fidel », qu'il
mettait le plus souvent dans l'une de ses poches, alors que tout le monde sait que les rats sont des animaux malfaisants, ses camarades décidèrent de l'appeler « l'Idiot ».
Des années passèrent. Les enfants étaient maintenant adultes. Une épidémie sévit dans la Région. Le Chef du village réunit tous les hommes vaillants, excepté l'Idiot et leur demanda d'aller
chercher l'eau de la source bleue. Il suffisait de boire un peu de cette eau pour être guéri.
Les hommes se mirent en route. Le premier qui arriva à la source fut le fils de la riche famille, porté dans un carrosse par ses domestiques.
Devant la source se tenait une femme. Cette femme était plus belle qu'un clair de lune. Elle tendit la main vers l'homme :
- « Me veux-tu pour femme ? »
- « Mais comment cela se fait-il que personne ne l'ait épousée ? » pensa le fils de la riche famille. « C'est qu'elle est peut-être moins jolie que je ne le vois. »
- « N'as-tu rien à m'offrir ? », demanda encore la femme.
- « Moi !! », lui répondit-il. « Et puis quoi encore ! »
L'homme voyait au loin l'eau de la source bleue. La source était entourée de buissons d'épines. Mais, après tout, pensa-t-il, pourquoi en prendre alors que je ne suis pas, moi, malade ? Que
m'importe le sort des autres habitants ?
Il continua ses pensées, envisageait le bienfait qu'il pourrait tirer de la mort de certains notables de son village. Et il tourna les talons.
Le second homme fut le fils de la famille modeste. Il vit la femme plus belle qu'un clair de lune. La femme tendit la main vers lui :
- « Me veux-tu pour femme ? »
- « Certes, elle est belle, pensa l'homme, mais certainement qu'elle est sans le sou. A quoi bon prendre une femme si elle est pauvre ? »
- « N'as-tu rien à m'offrir ? », demanda la femme. Et celle-ci lui fit présent d'un collier d'argent.
- « Joli collier, certainement le seul bien que cette femme possède. » Il le prit et répondit, d'un ton larmoyant :
- « Hélas, je n'ai rien. » et mentit : « Et je ne peux te prendre pour femme, étant déjà engagé. »
L'homme voyait au loin l'eau de la source bleue. La source était entourée de buissons d'épines.
- « Ah, jusqu'ici le voyage fut plaisant mais cela ne me dit rien de me faire écorcher. » « Oh, quelqu'un d'autre ira la chercher ! »
Il continua ses pensées, envisageait tout le bien qu'il pourrait plus tard faire à ses prochains, quand viendrait le moment où il lui faudrait agir. Et il tourna les talons.
Des autres hommes qui parvinrent à la source, aucun ne prit la femme pour épouse et aucun ne s'aventura dans les buissons d'épines.
Et puis vint, alors que personne ne l'avait sollicité, l'Idiot du village avec Fidel le suivant, trottin trottant. La femme lui tendit la main :
- « Me veux-tu pour femme ? » lui demanda-t-elle.
- « Oui. » répondit l'Idiot, sans réfléchir.
- « N'as-tu rien à m'offrir ? »
L'Idiot n'avait rien, si ce n'est son ami le rat « Fidel ». Il était bien en peine de lui offrir son ami, alors :
- « Je t'offre mon amour, si tu le veux. » lui proposa-t-il.
La femme plus belle qu'un clair de lune sourit. Elle accepta son cadeau.
L'Idiot voyait l'eau de la source bleue. La source était entourée de buissons d'épines. Il marcha droit devant. Mais son ami Fidel le précéda et mangea de bons appétits toutes les épines, afin de
lui épargner les écorchures. L'Idiot puisa une grande quantité d'eau qu'il déposa dans un gros tonneau et avec l'aide de sa femme, il roula le tonneau jusqu'au village.
Ainsi purent boire tous les villageois de l'eau de la source bleue qui guérit. Ils le louèrent ainsi que sa jeune épousée. Celle-ci se révéla riche de bons conseils et c'est ainsi que l'Idiot
prospéra dans le commerce tant et si bien qu'il devint l'homme le plus riche du village. Le couple vécut bienheureux et l'Idiot désormais appelé « L'heureux » conserva l'amitié de Fidel
jusqu'à sa mort.
de Lara de Vallès